La méningite

Lorsque des maux de tête s’accompagnent de fièvre, un doute au sujet d’une éventuelle méningite apparaît. Mais pour aider à prendre la bonne décision, voici tout ce qu’il faut savoir au sujet de cette terrible maladie : ses symptômes, ses causes, les traitements adéquats, les mesures préventives, etc.

Qu’est-ce que la méningite ?

La méningite se définit comme une inflammation des méninges. Pour rappel, cette enveloppe constituée de trois membranes sert de protection au système nerveux central, c’est-à-dire le cerveau, le cervelet, le tronc cérébral et la moelle épinière. Le liquide céphalorachidien ou LCR circule entre ces couches et peut s’infecter entraînant l’inflammation en question.

Il existe deux principaux types de méningite selon son origine : la méningite virale causée par un virus et la méningite bactérienne qui survient à cause de la présence de bactéries dans les méninges et qui peut être mortelle même avec un traitement. Cela dit, une méningite bactérienne est assez rare (moins de deux cas par an pour 100 000 habitants au Canada comme en France), contrairement à la méningite virale qui constitue jusqu’à 80% des cas recensés.

La méningite peut aussi survenir dans de rares cas à cause de champignon, de parasite, de certains médicaments ou autres produits chimiques. Il y a également ce qu’on appelle méningite nosocomiale lorsque la maladie est contractée à l’hôpital à la suite d’un autre trouble. Si la méningite apparaît à cause d’un cancer, on parlera de méningite carcinomateuse ou de métastase leptoméningée.

La méningite peut en outre apparaître à tous les âges, mais elle est plus sévère chez les nourrissons, les enfants en bas âge, les personnes âgées souffrant d’un autre trouble comme le diabète, une infection au VIH, etc., ou bien les sujets chez qui la maladie a été diagnostiquée trop tardivement.

Quels sont les symptômes de la méningite ?

Les différents signes de la méningite, chez l’adulte comme chez l’enfant, se regroupent sous l’appellation de « syndromes méningés ».

Chez l’adulte, il s’agit essentiellement de :

  • Maux de tête violents et continus causés par des pressions dans la tête
  • Forte fièvre (plus de 39°C) qui ne diminue pas même avec des médicaments adéquats
  • Raideur de la nuque, surtout avec des mouvements latéraux ou de flexion
  • Irritabilité
  • Étourdissements dus à un manque d’oxygène arrivant dans le cerveau
  • Vomissements liés aux pressions exercées par l’inflammation sur le cerveau et non aux aliments ingurgités
  • Somnolence, confusion mentale ou même troubles de la conscience
  • Des signes neurologiques localisés comme une paralysie oculaire
  • Convulsions, crise d’épilepsie
  • Des taches sur la peau se présentant comme des étoiles rouge vif ou des bleus qui ne s’effacent pas à la pression du doigt

Chez les enfants en bas âges, les symptômes sont les suivantes :

  • Une forte fièvre
  • Des vomissements
  • Manque d’appétit
  • Des pleurs ou des cris incessants révélant son irritabilité
  • Somnolence se traduisant par des difficultés à se réveiller
  • Une agitation extrême
  • Une tendance à tirer sur le cou
  • Un teint plus pâle
  • Les mêmes éruptions cutanées rouges ou bleuâtres signalant un manque d’oxygénation au niveau de ces taches.

Vers quel genre de complications peut mener une méningite non traitée ?

Notez que même après un traitement, certaines complications peuvent survenir et persister sur une période indéterminée. Dans le cas d’une méningite virale, le patient peut guérir rapidement, mais les complications peuvent apparaître en cas de méningite bactérienne aigüe. Il s’agit notamment de :

  • Abcès du cerveau : c’est-à-dire que du pus s’est amassés dans le cerveau après une résistance des bactéries face au médicament
  • Une hydrocéphalie : la pression du liquide céphalorachidien va alors augmenter entraînant parfois une dilatation des cavités cérébrales
  • La détérioration mentale, la paralysie, des convulsions devenues chroniques sont également des complications possibles.
  • Une septicémie méningococcique : elle se traduit par une éruption hémorragique cutanée (des ecchymoses apparaissent sur la peau) et une chute de la pression artérielle. Cette complication peut engager le pronostic vital, mais également causer des gangrènes des mains ou des pieds nécessitant une amputation.
  • Chez l’enfant, une méningite bactérienne peut également conduire à des lésions cérébrales, mais aussi une perte de l’audition, des troubles de l’apprentissage, une hydrocéphalie. Les séquelles neurologiques peuvent être permanentes.

Une méningite bactérienne liée causée par le méningocoque peut être grave et constitue une urgence médicale. Outre les séquelles neurologiques, cette maladie peut conduire jusqu’à la mort (un patient sur dix en décède), notamment lorsque l’infection arrive jusqu’au système nerveux central.

Quelles sont les causes de la méningite ?

La méningite survient à la suite d’une infection par un virus comme le virus Coxsackie ou une bactérie. Elle est causée plus rarement par des champignons comme le cryptococcus chez des personnes au système immunitaire faible (les personnes touchées par le Sida par exemple) ou même par des parasites dans certains pays tropicaux.

Ces virus ou bactéries se retrouvent dans le cerveau à la suite d’une neurochirurgie, d’une blessure à la tête ou d’une sinusite grave. Mais ils peuvent également l’atteindre par la circulation sanguine à la suite d’une autre affection comme une pneumonie ou une tuberculose.

Voici les bactéries qui peuvent entraîner une méningite bactérienne :

  • Le méningocoque Neisseria meningitidis qui est une bactérie pouvant se retrouver dans la gorge ou le nez (chez près de 25% de la population selon l’OMS) et atteindre le cerveau après multiplication. Elle est la seule bactérie à causer des épidémies de méningite. En outre, lorsque la bactérie affecte la circulation sanguine ainsi que d’autres organes, la maladie se transforme en une méningococcémie
  • Le pneumocoque Streptococcus pneumoniae chez les adultes immunodéprimées ou ayant été victime d’un traumatisme crânien, mais aussi chez les enfants de moins de cinq ans. Il constitue la remière cause de méningite bactérienne en Amérique du Nord.
  • Le Streptocoque du groupe B Streptococcus agalactiae qui est responsable de près de 80% des méningites chez les bébés.
  • Le colibacille ou E. coli (Escherichia coli) ainsi que l’ Haemophilus influenzae causant la méningite bactérienne chez des enfants de moins de cinq ans.
  • La bactérie haemophilus influenzae B ou Hib qui tend à disparaître grâce au vaccin Hib.
  • La Listeria monocytogenes qui peut causer une méningite chez les enfants en bas âges, mais surtout chez la femme enceinte et le bébé qu’elle porte.

Notez que ces bactéries peuvent être présentes sur beaucoup de gens sans forcément entraîner une méningite. Mais elles peuvent infecter d’autres personnes en se transmettant par la toux, les éternuements, les contacts physiques comme les baisers surtout qu’elles élisent domicile dans la gorge.

A part les virus, les bactéries et autres parasites, des médicaments comme le Motrin, l’Advil ou le Cipro, des produits chimiques ou même un vaccin peuvent également être à l’origine d’une inflammation au niveau du cerveau. Cette forme de méningite induite chimiquement n’est pas forcément dangereuse, car elle peut disparaître spontanément.

Voici les différents facteurs pouvant favoriser le risque de souffrir d’une méningite :

Les personnes figurant dans la liste suivante figurent parmi les populations à risque :

  • Les enfants de moins de deux ans, surtout ceux qui fréquentent des garderies à temps plein,
  • Les jeunes de 18 à 24 ans, dont les collégiens, les lycéens ou les universitaires vivant en pensionnat ou dans un dortoir,
  • Les jeunes adultes vivant dans une base militaire ou autre collectivité fermée,
  • Les personnes immunodéficientes ou ayant un système immunitaire affaibli, par exemple celles qui ont subi une ablation de la rate ou qui souffrent d’une insuffisance rénale.
  • Les personnes souffrant de problèmes de santé chronique tels que le diabète, le SIDA, le cancer, l’alcoolisme.
  • Les personnes âgées et les patients en rémission qui doivent prendre des médicaments conduisant à un affaiblissement du système immunitaire.

Parmi les autres facteurs de risque d’attraper une méningite, il y a :

Le contact avec une personne infectée

La méningite étant fortement contagieuse, les baisers, l’échange d’ustensile de cuisine ou d’autres objets personnels tels que le rouge à lèvre, une cigarette peuvent transmettre les bactéries à l’origine d’une inflammation dans le cerveau.

Le tabagisme

D’après des scientifiques de l’Université d’Edimbourg, fumer ou être fumeur passif favorise l’adhésion des bactéries méningocoque à la gorge.

La fatigue ou le stress

Ou tout autre facteur entraînant un affaiblissement du système immunitaire expose une personne au risque d’avoir une méningite.

Un séjour dans un pays ou une région où il y a une épidémie de méningite

Et le risque augmente encore plus lorsque le voyageur entre en contact étroit avec la population locale où il y a eu une épidémie. Si la méningite peut survenir dans n’importe quel pays, les fortes épidémies connues ont été identifiées dans les régions semi-désertiques de l’Afrique subsaharienne également appelée « ceinture de la méningite africaine » (1 000 cas pour 100 000 habitants).

Une blessure au crâne

Une neurochirurgie ou bien une blessure au crâne peuvent permettre aux bactéries responsables d’une méningite d’atteindre les méninges pour provoquer la maladie.

Une hospitalisation

On parle dans ce cas d’une méningite nosocomiale. Celle-ci arrive après une intervention chirurgicale au niveau du cerveau ou de la moëlle épinière ou une ORL.

Comment s’effectue le diagnostic de la méningite ?

Avant tout, le médecin posera une batterie de questions pour établir un premier diagnostic et prescrire des médicaments selon les symptômes mentionnés. Mais si la fièvre du patient ne tombe pas et s’il présente tous les autres symptômes évidents d’une méningite foudroyante, il sera hospitalisé d’urgence. Là-bas, il subira ce qu’on appelle une ponction lombaire.

La ponction lombaire consiste en un prélèvement du liquide céphalorachidien à l’aide d’une aiguille insérée dans les méninges. L’opération, légèrement douloureuse, s’effectue généralement dans la moelle épinière, entre deux vertèbres situées dans le bas du dos. Elle est systématiquement le premier moyen de confirmer le diagnostic, contrairement au scanner cérébrale qui est effectué en cas d’hypertension intracrânienne, de trouble de la conscience, de convulsions chez l’enfant de moins de cinq ans ou d’un œdème papillaire au fond d’œil.

L’échantillon du liquide céphalorachidien prélevé sera par la suite observé à l’œil nu par le médecin pour avoir une première idée du type de méningite. Un “liquide clair” indiquerait une méningite virale ou liée à des parasites ou des champignons, tandis qu’un liquide “trouble” ou “purulent” évoquerait une méningite d’origine bactérienne. Il se peut aussi que le LCR prélevé soit uniformément rouge, ce qui signifierait probablement une hémorragie méningée. Mais une analyse plus approfondie permettra par la suite de connaître davantage sur le type de méningite en identifiant notamment les bactéries (les virus, les parasites ou les champignons) à l’origine de la maladie. Cela permettra de faire suivre au patient un traitement adapté, car certains antibiotiques contre une méningite ne fonctionnent pas forcément sur d’autres variétés de la maladie selon le germe présent dans les échantillons.

Selon le type de méningite identifié, il se peut aussi que d’autres tests s’ajoutent à la ponction lombaire. Il peut s’agir de prélèvements à l’arrière de la gorge, d’analyses de sang ou d’une tomodensitométrie. Une IRM (imagerie par résonance magnétique) ou un scanner cérébral sont aussi à prévoir notamment en cas de méningo-encéphalite, de méningite récidivante, de fièvre prolongée ou d’anomalies du LCR qui persistent.

Quel traitement en cas de méningite ?

Aux urgences, avant même que le diagnostic ne soit confirmé, le patient devra être traité, comme s’il souffrait d’une méningite bactérienne, avec des antibiotiques : le Ceftriaxone (du Cefotaxime ou de l’Amoxicilline si le médicament n’est pas disponible) par voie intraveineuse ou par voie intramusculaire si la perfusion n’est pas possible.

En cas de méningite virale :

Si les médecins constatent qu’il s’agit d’une méningite virale, le patient poursuivra son traitement à domicile avec du paracétamol (et non de l’aspirine). Il devra se reposer, bien s’hydrater et bien manger tout en prenant le traitement habituel pour faire diminuer la fièvre.

En cas de méningite bactérienne :

Si par contre il s’agit d’une méningite bactérienne, le patient prendra toujours les antibiotiques précités en urgence. En effet, utiliser des antibiotiques en traitement précoce permet de réduire le taux de mortalité jusqu’à 15 %. Puis, lorsque la bactérie à l’origine de la maladie est déterminée, il suivra un traitement plus adapté. Par exemple, en cas de méningite à Listeria, le patient devra prendre un antibiotique de type aminoside. S’il s’agit d’une méningite tuberculeuse, le médecin prescrira un quadruple traitement antituberculeux pouvant durer jusqu’à trois mois en plus d’une double antibiothérapie.

Pour ce qui est de la surveillance de la maladie. Le personnel médical gardera surtout un œil à la température du patient pour s’assurer que la fièvre est en train de disparaître progressivement avec les autres symptômes de la méningite.

Normalement, aucune autre ponction lombaire n’est à prévoir en guise de contrôle, sauf si la bactérie n’a pas encore été déterminée ou si la maladie s’aggrave considérablement. Les médecins surveilleront également les éventuelles complications durant les premiers jours pour ajouter un traitement correspondant. Le patient pourrait par exemple prendre des corticostéroïdes comme de la dexaméthasone pour prévenir la surdité en cas de lésions neurologiques.

Cela dit, s’il n’y a pas de complications, le traitement pour une méningite bactérienne dure généralement jusqu’à trois semaines. Durant sa convalescence, le malade devra ensuite se reposer dans une chambre loin des bruits et légèrement éclairé afin de favoriser sa guérison et dans un lit avec la tête élevé à 30 degrés pour réduire le risque d’œdème cérébral (ou le traiter). Cette période de convalescence peut se prolonger pendant des mois étant donné la gravité de la maladie dans certains cas, d’autant plus que la méningite aura épuisée une grande partie des réserves énergétiques de la personne. Les séquelles quant à elles ne sont pas forcément permanentes. Par exemple, les problèmes d’ouïe peuvent persister un certain temps et causer des étourdissements.

Une fois complètement guéri, le patient devra reprendre le cours de sa vie progressivement afin d’éviter une possible dépression post-méningite.

Pour les autres formes de la méningite :

S’il s’agit d’une méningite fongique (dûe à un champignon) ou parasitaire, le traitement sera constitué de médicaments antifongiques ou antiparasitaires. Le médecin peut prescrire de l’amphotéricine B liposomale associé à la 5-fluorocytosine. Notez que ce type de traitement est efficace contre les mycoses cérébroméningées, dont la candidose, la cryptococcose, la coccidioïdomycose, l’histoplasmose, la blastomycose, l’aspergillose, ou encore la sporotrichose.

En cas de méningite carcinomateuse, le patient devra suivre une chimiothérapie. Celle-ci devra être administrée dans le LCR (liquide céphalorachidien) via une ponction lombaire ou un réservoir d’Ommaya.

Que faire en guise de prévention contre la méningite ?

La vaccination figure parmi les moyens de prévention recommandés pour éviter certaines méningites bactériennes. Il s’agit principalement de :

  • Vaccin contre le méningocoque C : pris en charge à 65% en France, ce vaccin s’effectue en une injection quand l’enfant atteint ses 12 mois, ou bien jusqu’à ses 24 ans.
  • Vaccin contre le pneumocoque : destiné aux enfants de moins de deux ans, ce vaccin se fait en deux injections espacées de deux mois et subit un rappel environ sept mois après la première piqûre.
  • Vaccin contre Haemophilus (Hib) : la vaccination est systématique pour les bébés à partir de deux mois au Canada. Elle se fait en deux injections suivies d’un rappel à 11 mois.
  • Le BCG quant à lui permet de prévenir la méningite tuberculeuse.

A part la vaccination, des mesures préventives sont aussi à prévoir, notamment en cas d’épidémie ou de contact avec des personnes souffrant d’une méningite.

Ainsi, en cas de méningite à méningocoque, l’entourage du patient suivra un traitement préventif pendant quelques jours avec des antibiotiques, dont la Rifampicine par voie orale, ou bien du Ceftriaxone (par injection) ou Ciprofloxacine (voie orale).

Des mesures d’hygiène et un mode de vie sain permettent également d’éviter d’attraper la maladie, notamment en cas d’épidémie. En effet, la méningite peut se transmettre facilement avec la toux, les éternuements, les baisers qui favorisent la propagation des germes responsables de la maladie.

  • Adopter une bonne hygiène de vie en évitant l’alcool, le stress, la fatigue prolongée qui affaiblissent le système immunitaire et favorisent la multiplication des bactéries causant la méningite.
  • Se laver les mains fréquemment et porter un masque pour éviter les bactéries.
  • Eviter de prêter ou d’emprunter ses effets personnels : brosse à dent, rouge à lèvres, ustensiles de cuisines (verres et cuillères par exemple).
  • Garder sa maison propre et contribuer à la propreté des lieux publics, surtout que les bactéries ne peuvent pas survivre longtemps dans un environnement hygiénique.

Autres informations pratiques :

Sachez que la méningite est une maladie assez rare, mais elle peut avoir des conséquences inattendues, surtout lorsqu’elle n’est pas traitée rapidement.

Si vous suspectez une méningite foudroyante dans votre famille, allez vite consulter un médecin ou aller aux urgences. Elle peut certes être confondue avec d’autres maladies à cause de ses symptômes, mais l’avis d’un spécialiste vous permettra d’avoir le cœur net. D’ailleurs la ponction lombaire et le scanner seuls peuvent affirmer s’il s’agit réellement d’une méningite. Il ne faut donc pas retarder le traitement en cas de doute, car la méningite peut emporter une vie en moins de quelques heures après son apparition, ou laisser de graves séquelles irréversibles.